Vincent Rovel Mountain Guide +33 6 63 53 85 87
Cet article ne reflète que mon opinion et mon expérience. De plus je parle d'ici de navigation, d'orientation, de robustesse des GPS en montagne, et pas de la façon de calculer son dénivelée ou de survoler sa trace dans Google Earth.
En tant que guide et en tant qu'ancien ingénieur dans l'aéronautique, je connais un peu le petit monde des GPS et ce depuis de nombreuses années. Je sais aussi que de nombreux guides partagent certaines des idées que je livre ici...
Comme tous les composants électroniques les GPS ont beaucoup évolué ces 20 dernières années. Surtout leur environnement logiciel (l'utilisation des fonds de cartes ...) et leur intégration au sein d'ordinateurs et de smartphones a changé la façon de les utiliser.
Vous avez cédé aux charmes du dernier Iphone ou du téléphone Androïd surpuissant.
Mais pouvez vous vraiment faire une navigation avec votre téléphone en haute montagne ? sur vos skis de rando ?
OUI mais ....
Plan:
Ne pas oublier la navigation classique à la carte et à la boussole
Les GPS "basics" à ne pas oublier non plus
La fonction de localisation d'un GPS est incroyablement performante par rapport à tout autre système de navigation: n'importe quelle puce GPS à quelques Euros vous localise sur la terre en longitude et latitude avec, la plupart du temps, moins de 10 m d'erreur et à peine plus en altitude. Si vous ne le saviez pas, un GPS peut aussi vous donner l'heure au millième de microseconde près ... cool.
Rappelez vous que pour vous offrir ce service, le ministère de la défense Américain a mis sur la tables quelques milliards de dollars surtout pour déployer et maintenir la constellation de satellites qui fournissent les signaux GPS. Ils n'ont jamais rien fait payer à quiconque ! Alors c'est vrai ils peuvent tout faire avec ... mais en dehors des zones de conflits, force est de constater que nos copains du Pentagon nous laissent tranquille.
Malgré les extraordinaires capacités du système GPS, si une chose fait l'unanimité chez les guides, c'est que la navigation à l'ancienne (carte, porte carte, alti et boussole) reste indispensable. Le meilleur écran portable est plus lourd, plus fragile, moins grand et moins clair qu'une carte correctement déployée dans un porte carte, surtout quand on en a vraiment besoin : au troisième jour d'un raid à ski quand il fait -10°, qu'il neige et qu'on est dans le nuage !
Sans parler des problèmes de piles ou de batteries, de doigt gelé sur l'écran tactile, de flocons de neige sur la protection de l'écran qui gênent la lecture, la taille du porte carte permet de se repérer et d'anticiper la suite dès qu'un peu de vent dégage le relief. Si on est en train de suivre notre progression à l'écran, alors on risque de ne même pas voir le relief ou la pente qui se dégage (ou la corniche de neige qu'il faut éviter), et si on le voit, on ne saura pas utiliser l'info car le facteur de zoom de notre écran ne nous permet pas de repérer le sommet qui s'est dévoilé.
Bref , parfois le GPS doit rester un complément à la navigation classique. Je vous dirai comment je fais plus loin.
Si il fait beau, sur le GR, c'est fou ce que le GPS du smartphone avec la super "appli carto outdoor" marche bien ...

Depuis les débuts des GPS grand public, il existe des récepteurs qui ne fournissent "que les chiffres" (sans carte). Ils se sont miniaturisés un peu. On en trouve en montre. Ils ont l'avantage d'avoir peu de besoin électrique. Certains tiennent très bien une journée par -10° avec une ou deux piles AAA. Attention je ne parle pas de ceux qui font tout (vitesse max, moyenne, calories dépensées et j'en passe) mais ne permettent pas de savoir où on est !
Leur robustesse physique et électrique, leur faible poid et encombrement, les rend encore très intéressant en montagne. En plus, ils ne sont pas cher, surtout sur Ebay...
Oui, mais comment se repérer avec des chiffres ?
Il faut la carte 25000ème évidement et il faut qu'elle soit carroyée: il s'agit des lignes bleu (pour l'IGN) à chaque kilomètre en EST-OUEST et en NORD-SUD. Ces kilomètres sont des valeurs correspondant à la projection UTM du pays : la Fance utilise des carroyages UTM WGS84 comme beaucoup de pays (USA, Italie ...). La Suisse utilise la projection CH1903 . Depuis 15 ans, toutes les cartes IGN sont carroyées, depuis toujours pour les cartes Suisse, beaucoup plus récement (et encore pas partout) pour les cartes italiennes.
Il faut aussi reporter (avant la course) au crayon la valeur des kilomètres sur la partie de la carte que l'on va plier dans le porte carte. En effet ces valeurs ne sont marquées que au bord de la carte.
Une autre solution est de sortir le bout de carte qui nous intéresse sur une feuille A4, grâce à un logiciel ou à des sites comme http://www.geoportail.fr/ (pour la France) ou http://www.geo.admin.ch/internet/geoportal/fr/home.html (pour la Suisse) en demandant la grille ou carroyage, et de la mettre dans un intercalaire plastique.

Ensuite il faut régler son GPS pour sortir à l'écran les coordonnées désirées. Par exemple, chez moi à Briancon, il me donne en UTM WGS84:
Je sais donc dans quel carré je suis et où dans ce carré avec une présision de 50 à 100m. On peut même améliorer la précision en achetant un petit carré plastique transparent et gradué sur les bords mais quand il faut le sortir sur la carte avec le vent et les gants ... bof !
Mais bon vous voyez où j'habite ; non? c'est normale l'image est pourrie.
Ma méthode de navigation avec un GPS "basic":
Je m'oriente classiquement à la carte, à la boussole (à plat sur la carte) et à l'alti (alti classique ou du GPS). De temps en temps, je fais un point avec le GPS: la fréquence est très variable en fonction des conditions de visibilité, du terrain ... mais vu la précision, il faut au moins attendre 500 m de plus pour qu'un nouveau point soit intéressant. A chaque point, je vérifie que je ne dérive pas trop de la route prévue, ce qui me permet souvent de prendre mes caps à la louche (sans une belle préparation le soir au refuge) et sans trop "d'erreur volontaire" (pour ceux qui auraient oublié ce que c'est ... http://www.avalanche-net.com/sports/orientation_EV.php). Attention pour les flémards comme moi, à continuer de bien pendre le temps de regarder la carte en détail avant la course, même si on ne calcule pas tous les caps à suivre.
Repérer sur la carte tous les éléments de reliefs à l'avance qui pourront nous permettre de nous "caler" reste la base !
C'est ma vision, faite vous votre idée : de toute façon il faudra tester votre GPS par beau et par mauvais temps sur un chemin par exemple, pour apprendre où sont les fonctions utiles parmi les 1000 proposées, et pour comprendre comment il réagit. Comment on appuie sur la touche avec les gants ...
Pourquoi ne pas utiliser les traces et les waypoints ?
Ne soyons pas extrémiste, parfois avoir le waypoint du refuge ou de l'entrée du couloir rend bien service !
De plus, faire demi tour avec la fonction "tracback" marche parfaitement.

Je parle là de beaucoup de GPS qui embarquent des cartes "constructeur" : genre la carte Garmin (ou autre) de toutes les Alpes sur quelques Mb .
Une bonne carte papier (25000ème) est super importante pour notre navigation donc il faut la même chose sur nos GPS : la conclusion est simple.
Faites une comparaison précise des détails (séracs, barres ...) de votre carte IGN et de celle proposée sur votre "micro" écran.
Avec ces appareils en zoomant et en dézoomant sur l'écrans, on peut vraiment naviguer en montagne.
Attention à certains points:
Enfin moi, je trouve ça trop lourd et surtout trop encombrant pour le mettre en fond de sac. Du coup j'ai le petit "à chiffre" en fond de sac et quand j'ai "trop" peur du temps à venir et de la navigation à faire (surtout en raid à ski ), je prends le gros.
Ma méthode de navigation avec un GPS "à carte":
Comme je l'ai dit au début de l'article, je fais une navigation à la carte papier autant que faire ce peut, et je recale avec le GPS. Parfois je n'ai pas peur pour la batterie et je suis très souvent le nez sur le GPS mais pas en permanence pour pouvoir repérer tout ce que le nuage veut bien me laisser voir.
Là encore faites vous votre idée et surtout faites des tests .
Les plus évolués (genre Galaxy sous Android, Iphone...) sont très comparables aux GPS décrits ci dessus, avec quelques différences:
Soyons clair : c'est malgré tout l'avenir car nombre d'entre nous auront de toute façon bientôt un Smartphone pour téléphoner, mailer ...
D'après le site de l'IGN ( http://www.cartes-numeriques.ign.fr/index.php?id_rubrique=27403&id_objet=4868132) il n'existe que quelques logiciels qui font appel et vendent leurs cartes dont les plus anciens :
Je connais bien Twonav sur GPS dédié et sur Smartphone et un peu Iphigénie. Il m'est donc impossible de comparer proprement les produits. Quelques faits cependant :
Il semble y avoir deux familles :
Du coté de TwoNav que je connais bien, on peut aussi scanner une carte perso, la calibrer (avec le logiciel CompeGPS ou autre) , et l'utiliser dans le GPS (pas en version gratuite). On peut aussi avec certain logiciel (je connais Nonimapview) récupérer des bouts de cartes qu'utilisent google earth déjà calibrés (image sat ou de reco aérienne): Il ne reste qu'a en changer le format dans CompeGPS pour pouvoir les utiliser.
Si vous ne voulez rien acheter j'ai découvert le site : http://www.vttrack.fr/ top sur un smartphone ! mais il faut la connexion...
Bonne cogitation et profitez de la montagne !